Chien hyperactif

Sommaire

Le HS/HA fait couler beaucoup d'encre et qualifie de très nombreux chiens, dès lors qu'ils sont un peu trop actifs ou collants à notre goût.

Quelles sont les causes de ce syndrome et comment le détecter ? Le point maintenant.

Qu'est-ce que le syndrome Hs-Ha ?

Hyperactivité

Dès qu'un chien est remuant, agité, très solliciteur, toujours à mordiller ou détruire quelque chose, la supposition d'un trouble HS/HA vient sur le tapis.

Il est vrai que certains chiens sont à ce niveau invivables tant ils n'arrêtent jamais, jour et nuit, 7/7. Mais il ne faut pas attribuer ce syndrome à tous les chiens actifs.

Hypersensibilité

Un chien sans cesse aux aguets, parfois secoué de tics nerveux, qui ne nous laisse pas faire un geste sans se précipiter sur nous, qui recherche sans cesse notre proximité, qui se met à hurler dès qu'il ne nous voit plus, qui urine dès qu'on élève la voix, sont quelques-uns des symptômes les plus fréquemment avancés pour qualifier un chien d'hypersensible. 

Ce sont souvent des comportements naturels mal compris, qui masquent très souvent des causes ou des troubles tout autrement identifiés. Les traiter en tant que HS/HA revient généralement à passer à côté de la vérité, et donc de la solution réelle. Il convient alors d'en localiser et dissocier les origines probables.

Hs-Ha : quelles en sont les causes ?

Causes biologiques

Le processus de reproduction du chien, majoritairement contrôlé par l'homme, peut produire des causes biologiques (consanguinité par exemple) à même de provoquer des « désordres » psychiques et biologiques.

Un sujet peut naître avec des « tares » biologiques (et non pas psychologiques) : développement du cerveau anormal, atteinte du système nerveux, taux hormonaux trop faibles, trop élevés ou dérégulés, etc.

Des taux hormonaux anormalement élevés ou déréglés peuvent être un effet du comportement et non pas la cause :

  • Il convient alors, généralement, sous réserve d'un avis médical autorisé, de les réguler en parallèle ou préalablement.
  • Psychotropes et calmants ne devraient toutefois jamais faire partie de la panoplie médicamenteuse tant ils risquent de retarder notablement l'identification des causes réelles, l'évaluation du stade, et la mise en place d'une solution adaptée.

Causes pathologiques du syndrome Hs-Ha

En proie à une tumeur au cerveau, kyste douloureux, dégénérescence lente, graduelle et inéluctable des sens (ouïe, vue, principalement), mal être physique incompréhensible (diarrhées chroniques, incontinence, douleurs rénales, arthrose, etc.), trouble du sommeil, le chien peut essayer d'y faire face ou s'y soustraire en adoptant des comportements agités, incohérents, ou incompréhensibles.

À noter : le trouble du sommeil peut-être d'ordre biologique (adrénaline), pathologique (douleur constante, mal-être physique ou physiologique), ou relationnel (insécurité).

Conditions d'élevage et d'apprentissage

Tout ce qui va affecter un chiot, surtout avant ses trois semaines, peut être irréversible (privation sensorielle, espace très exigu, confiné (manque d'exploration, d'apprentissage), malnutrition, etc.) :

  • Le syndrome du chenil est bien connu mais le HS/HA, qui ne sera alors que le prélude d'un trouble beaucoup plus grave, peut également se manifester.
  • Il ne survient toutefois pas au bout de plusieurs mois ni années, il est installé et se produit très rapidement (de quelques heures à quelques jours maxi).
  • Il est très rarement possible de constater très tôt une tendance à ce genre de comportement. Pris très vite, sans attendre une évolution quasi irréversible, ces comportements suspicieux peuvent rapidement trouver une solution. N'attendez pas pour consulter un comportementaliste.

Souvent confondus avec l'éducation ou le dressage, ce sont les méthodes d'apprentissage qui sont le plus à même de produire une forme plus ou moins prononcée de HS/HA.

Le chien a des capacités naturelles d'apprendre, vouloir lui imposer les nôtres, notre vision est le plus sûr moyen de lui faire développer des comportements incohérents, incompréhensibles, le soit disant HS/HA.

Conflit de motivation du chien

Tout comportement implique un conflit et c'est l'analyse des tendances incompatibles qui le sous-tendent qui en forme la théorie Baerends, 1975. Ces conflits sont d'ailleurs le point de départ commun à la ritualisation servant justement à dissiper le caractère ambigu d'une situation ou d'une relation.

Ils sont de trois types :

  • Le conflit approche-approche : deux motivations de même intensité.
  • Le conflit évitement-évitement : aucun des deux choix n'est satisfaisant.
  • Le conflit approche-évitement : le seul qui ait une portée pratique et trop souvent mal utilisé ou interprété.

Exemple : un chien est attiré sexuellement par une femelle mais inquiet de sa présence (réaction) en même temps. Un autre veut accepter une friandise d'un inconnu mais se tient prêt à déguerpir au moindre geste suspect.

Le chien peut alors prendre des postures ambivalentes, en alternance, qui mêlent des éléments des tendances conflictuelles [Andrew, 1956]. En théorie le chien devrait se trouver devant dans une impasse (névrose expérimentale) si aucune des tendances ne prend le pas sur l'autre. En réalité, l'une des deux prend le pas sur l'autre, est la plus forte et le pousse à faire ou ne pas faire (ontogenèse, socialisation).

Mais si le chien n'arrive pas à se décider, surtout si nous l'instrumentalisons à faire une chose bien précise antinomique avec une situation, nous assistons à l'apparition de comportements de substitution qui semblent hors de propos, étranges, incompréhensibles, sans rapport avec la situation apparente.

À noter : une posture menaçante est en elle-même un mélange d'attaque et de fuite. Un comportement est donc majoritairement le produit de la résolution d'un conflit interne entre deux tendances incompatibles.

Ce type de conflit de motivation (approche-évitement), très souvent utilisé au niveau de l'éducation/dressage (punition positive, motivation, renforcement, obéissance), est pourtant à manier avec la plus extrême prudence tant il est à même de provoquer plus de dégâts que de réussite entre des mains peu expertes.

C'est en fait l'origine la plus courante de « HS/HA » qui est alors la production de comportements de substitutions aléatoires, symptomatiques de l'incompréhension du chien à notre égard.

Il peut également résulter d'autres signaux, une sorte d'amplification ou de
résultante d'autres comportements :

  • comportement destructeur ;
  • aboiement, hurlement gémissements ;
  • trouble du sommeil ;
  • malpropreté ;
  • conduites agressives ;
  • automutilation ;
  • conséquences de la solitude en général.

Tout comportement sortant de l'ordinaire et durable, même s'il peut sembler naturel (soupape de sécurité), s'il s'installe et perdure, doit être pris avec conscience et vigilance afin qu'il ne se transforme pas en trouble irréversible.

En sachant, pour être complet sur le sujet, que des causes similaires peuvent provoquer un autre trouble aussi grave que la névrose expérimentale, l'état de détresse acquise.

Hs-Ha ou névrose expérimentale ?

Névrose expérimentale

Voici les symptômes de la névrose expérimentale : agitation permanente, halètements, gémissements, morsures (agressions redirigées, conduites agressives, claquements de dents dans le vide, etc.), trouble du sommeil, mouvements d'arpentage, aboiements et hurlements.

Cela ressemble furieusement au HS/HA, non ? Serait-ce en fait une névrose expérimentale ?

  • Cette névrose spécifique s'obtient uniquement par rapport à l'éducation/au dressage, très rarement naturellement.
  • C'est une altération du discernement, ou plus exactement de la discrimination. Quand le chien ne peut plus distinguer le vrai du faux, que les situations sont trop similaires ou antinomiques pour les distinguer, le chien ne sait plus quoi faire ni comment.
  • Il se met alors à faire n'importe quoi, à ne plus répondre à quelque sollicitation que ce soit (ordre, information, communication, relationnel).
  • La névrose expérimentale s'installe alors instantanément, sans signes avant coureur, sauf pour un œil expert (comportementaliste).

Exemple : c'est le fameux cas du chien policier dressé à cesser son agression dès que le suspect a levé les bras en l'air. Hélas, une fois, un suspect a bien levé les bras mais en brandissant une chaise pour frapper. Conscient de la menace mais instrumentalisé (dressé) à ne pas y faire face, le chien s'est immédiatement mis à tourner en rond et gémir, et n'a jamais pu ensuite être utilisé en patrouille.

Ainsi, un HS/HA supposé s'installant sans aucun avertissement préalable (comportement destructeur, malpropreté, etc.), a toutes les chances d'être une névrose expérimentale, uniquement due à l'homme.

État de détresse acquise

Bien que la névrose expérimentale puisse sembler la conséquence logique du HS/HA, cet état spécifique peut tout autant être atteint, aux antipodes au niveau symptomatique de cette dernière. En effet, le chien va se couper de tout, se résigner, tout accepter, voire ne plus manifester aucune envie de vivre (perte de poids, appétit nul ou presque).

Elle se caractérise par :

  • une grande passivité envers son environnement ;
  • un manque d'activité, de réaction face à un danger ou une menace ;
  • un retard ou absence de motivation aux sollicitations relationnelles (apathie, désintérêt) ;
  • une perte de poids et absence d'appétit.

Le fait, pour un chien, de ne pas trouver comment se soustraire à une situation inextricable, incompréhensible, antinomique avec sa compréhension, de son point de vue, est de nature à entraîner cet état grave sans même passer par un « HS/HA » identifiable ou supposé. Un comportement destructeur chronique peut parfaitement entraîner cet état.

Chaque chien étant différent dans ses capacités à faire face à des situations (principe de variation de la théorie de l'évolution des espèces), le développement de ses facultés (apprentissages), son conditionnement, nos attentes, notre relation à lui, notre cohérence et fiabilité à son égard, son vécu (expériences), bref son environnement, ne pourront être analysés dans ce cadre qu'avec un comportementaliste (systémique).

Observation du HS/HA

Observer la forme qu'il prend n'apprend jamais rien sur ses origines, ses causes. Dire ou penser qu'il est rebelle, insoumis, dominateur, fou, incontrôlable ou voulant échapper à tout contrôle, asocial, désocialisé, etc., ne peut qu'éloigner de la cause réelle qu'il est pourtant essentiel de localiser et d'en évaluer le stade.

S'il survient sans signe avant coureur, une prise en charge comportementale (et non pas rééducation) sera essentielle, voire un accompagnement médical (troubles biologiques connexes).

S'il survient après d'autres comportements chroniques, il faudra avant tout traiter les causes de ces comportements (fiabilité, sécurité, confiance, communication).

Syndrome Hs-Ha : que faire ?

Dès que quelque chose cloche, la première chose à faire est d'arrêter tout processus d'éducation/dressage, que ce soit en club, en cours particuliers ou par soi-même et de retrouver des relations simples, naturelles et compréhensibles avec le chien.

Souvent, pris à temps, le fait de le resocialiser avec des congénères sans intervention humaine (réapprentissage des signaux et conduites de l'espèce), suffit à reprendre un apprentissage (et non pas dressage) fiable avec l'humain.

Les causes étant majoritairement humaines, que ce soit par ignorance (personne n'est omniscient) ou incompétence, il est vraiment essentiel de s'adresser au bon professionnel qui ne devra jamais proposer d'agir sur le chien (rééducation, contre-conditionnement, désensibilisation), puisqu'il n'y est jamais pour rien mais plutôt la victime. La consultation d'un comportementaliste (éthologie, systémique) peut grandement aider à comprendre les faits et causes, évaluer le stade, et mettre en place un cadre adapté incluant alors le chien.

Dans les cas les plus extrêmes, les plus avancés, voire « désespérés », il existe aussi un effet nommé résilience :

  • C'est la capacité pour un corps, un organisme, une organisation ou un système quelconque à retrouver ses propriétés initiales après une altération.
  • Ce phénomène consiste à pouvoir revenir d'un état post-traumatique. Cet effet cher à Boris Cyrulnik (psychiatre et éthologiste de renom) qui l'a mis en évidence chez l'animal, ne peut toutefois pas être envisagé sans l'aide d'un professionnel formé en la matière.

Pour en savoir plus :

Ces pros peuvent vous aider