Alors que chez de nombreux mammifères le rut correspond à une période de l’année, le cycle sexuel du chien mâle est dicté par les chaleurs des chiennes à proximité. Comment cela se manifeste-t-il ? Quels sont les effets sur le comportement ? Comment en calmer les ardeurs ?
Toutes les réponses dans notre article.
Chien en rut et cycle ovarien chez la chienne
Il est caractérisé par quatre phases :
- Le prœstrus : écoulements vulvaires sanguinolents et dilatation de la vulve (dure de 3 à 21 jours).
- L’œstrus : période d’acceptation active du mâle (3 à 9 jours) avec écoulements vulvaires blanc-jaunâtres et relâchement de la vulve pour permettre l’introduction du pénis.
- Le metœstrus : période de gestation (2 mois) ou parfois de pseudo-gestation (grossesse nerveuse).
- L’anœstrus : période de repos sexuel.
En tant qu’animal domestique, la chienne a développé une faculté à pourvoir produire deux cycles ovariens par an (unique chez les canidés) et pas forcément aux mêmes époques chez toutes les chiennes. Ce qui fait que les possibilités qu’un chien mâle soit sollicité par des chaleurs de chiennes sont assez nombreuses une bonne partie de l’année.
Effets sur le chien en rut
Lorsqu’un mâle croise des écoulements d’une chienne en chaleurs, il va tout d’abord :
- les flairer beaucoup plus longuement que d’autres ;
- les lécher consciencieusement ;
- uriner jusqu’à plusieurs fois de suite ;
- vouloir rester sur place ou essayer de suivre la piste avec « force ».
Si les phéromones sexuelles sont transportées par le vent, le chien va tendre à humer l’air avec attention, à tourner en rond et uriner fréquemment, à gémir ou aboyer, voire hurler, à vouloir se sauver ou solliciter vigoureusement la promenade. Il présente de grands signes d’agitation mais avec des postures plus semblables au jeu que de menace ou d’inquiétude.
Ces phéromones vont alors tendre à libérer chez le mâle la testostérone (hormone de l’activité sexuelle) dont l’une des caractéristiques et d’être désinhibitrice (abaissement des seuils déclencheurs et des comportements sociaux). Le chien va alors avoir des comportements plus virils, plus physiques, plus déterminés, moins « sociaux ».
Chez le jeune chien
Il semble que le jeune chien n’associe pas spontanément les phéromones sexuelles de la chienne avec l’acte de copulation sans apprentissage (imitation ou essai/erreur). C’est donc beaucoup plus son propre développement hormonal qui va le « travailler ». Un peu comme un(e) adolescent(e) :
- C’est ainsi qu’un jeune chien va découvrir sa sexualité en essayant de chevaucher un peu tout : d’autres chiens, une jambe humaine, un coussin ou fauteuil, etc., même et surtout en l’absence de chiennes en chaleurs aux alentours.
- Son comportement va aussi être plus désinhibé : plus agité, plus viril, moins « obéissant », voire plus « menaçant ». Si trop souvent cette phase est assimilée à de la dominance, ou tentative d’installation d’une dominance vis-à-vis de l’homme, il n’en est pourtant rien. Ce n’est qu’un bouleversement chimique, hormonal, passager, qu’il convient plutôt de traiter avec calme et « sérénité » (conviction et tact).
- En effet, si le jeune chien associe cette montée de testostérone « incompréhensible » avec une relation conflictuelle (soumission, brutalité, punition, brimade, autoritarisme), il y a toutes les chances que ses réactions soient encore plus « imprévisibles » et « viriles » plus tard, voire incontrôlables (« agressivité »).
Chez le chien inexpérimenté
Comme chez le jeune chien, un chien adulte (à maturité sexuelle) inexpérimenté peut très bien ne pas associer les phéromones sexuelles ambiantes et la montée de testostérone à la copulation proprement dite. Il n’est pas rare, lors d’une première saillie, qu’une chienne doive montrer au mâle comment il faut faire (elle le chevauche en imprimant des coups de reins).
Dès lors, deux cas principaux peuvent se produire si une chienne en chaleurs (ou ses traces) est à proximité :
- Un mâle inexpérimenté peut devenir « agressif » envers d’autres chiens ou chiennes, agité, viril (contacts et rapports physiques plus fréquents et appuyés, provocation, menace). Ou gémir continuellement, aboyer, hurler, uriner fréquemment ou un peu partout, etc. Il est alors sous l’effet de la testostérone (désinhibition) sans avoir de désir copulatif à proprement parler.
- Ou bien va chercher à se frotter le bas-ventre (chevauchement) un peu contre tout et tous, ou ramper sur le sol. Il recherche ainsi un apaisement, notamment en essayant de provoquer une augmentation de son taux de noradrénaline (hormone « antistress ») régulatrice de la testostérone (pour simplifier).
C’est principalement avec les chiens inexpérimentés, qui n’ont jamais copulé, que les comportements sont la plupart du temps les plus « incompréhensibles », trop souvent et par erreur qualifiés de « dominance » (hiérarchie). En fait, le chien ne comprend pas trop ce qu’il lui arrive et tente, par ses propres moyens, d’y faire face.
Chez le chien expérimenté
Quand un chien a déjà copulé, il sait alors, la plupart du temps, ce qui se passe et pourquoi. Ses comportements sont alors nettement mieux décryptables et en général sans ambiguïté : c’est d’une partenaire dont il a besoin, pas d’un fauteuil ou d’une jambe, ni d’un autre chien. Bien qu’il puisse en faire des substituts pour calmer ses ardeurs (noradrénaline).
Ainsi, avec un chien expérimenté, en évitant tout rapport de force (dominance), il est possible d’instaurer des relations distanciées qui fassent la part entre son état émotionnel (sexualité) et relationnel (avec l’homme). Surtout que cette montée de testostérone est toujours passagère, de quelques heures (au plus) à quelques jours (très rarement).
Que faire lorsque son chien est en rut ?
Il faut d’abord éviter, deux choses :
- Éviter absolument de considérer cela comme une tentative de domination (rapport de force). Si le chien considère que son « état » est synonyme de « conflit », sa relation à vous, avec d’autres chiens et humains, cela peut très sensiblement se dégrader et devenir problématique sinon plus (désocialisation et agressivité).
- Croire que le chien a un désir irrépressible de se reproduire et vouloir le faire avec tout et n’importe qui, à n’importe quel prix. Il n’hésitera pas à le faire s’il a une partenaire disponible mais reviendra très vite à un état « normal » en l’absence.
Mais :
- Sa confiance en vous, votre fiabilité, vos relations, votre « tolérance » ou plutôt bienveillance, seront des facteurs déterminants de sa capacité à bien gérer de lui-même une telle phase souvent très courte et sans conséquences.
- Un éloignement des lieux « contaminés », comme une balade en forêt, un tour en ville (autres stimuli) ou en voiture, peuvent aussi avoir un effet quasi immédiat (baisse du taux de testostérone).
- Jouer avec lui en acceptant un peu plus de virilité est aussi un bon moyen de « canaliser » l’énergie du chien, lui permettant d’exprimer son état émotionnel et pouvoir le rediriger vers d’autres comportements (limites, substitution).
- Un comportementaliste peut aussi vous aider à mieux comprendre ce qui se passe et les bonnes attitudes à adopter pour votre chien en particulier.
- Enfin, la castration, en ultime recours, peut être un remède « acceptable », mais pas universel, seulement la castration chimique (aussi utilisée avec des résultats probants dans les problèmes de prostate), car « mutiler » un animal (castration anatomique) ne peut pas être une solution pour lui tant les implications au niveau du métabolisme (vie, survie, intérêt de vivre) sont « effroyables » et, il faut bien le dire, inhumains…
Pour aller plus loin :
- Pour tout savoir sur la reproduction chez le chien, consultez notre article.
- Comment se déroule la saillie de la chienne ? Explications.
- Si vous souhaitez faire stériliser votre chien, rendez-vous sur notre article.